Walking Into Clarksdale

Page_Plant
Texte : David
lmage : Yop!

« Lumière de ma vie, où t’es-tu enfuie?

La flamme du véritable amour se meurt

sans la chaleur de ton ardent soleil. »

( Robert Plant )

Cher néophyte,

1968, formation de Led Zeppelin. 1998, parution du dernier disque commun de Jimmy Page et Robert Plant. L’un dompteur de guitares, l’autre rêvant d’un Mississipi antique et immémorial.

Dès le début, donc, l’immense influence du Blues, sublimé, rebaptisé aux couleurs du métal lourd.

Une tragédie empreinte d’une perspective palingénésique absolument moderne, j’en veux pour preuve le constant renouvellement passionnel du mélomane pour le genre. Une saveur sorcière, irradiante d’un bonheur de vieux whisky qui fait se pâmer les gorges. L’éternelle histoire d’un amour véritable à peine effleuré dans une exstase séraphique en échange de toute une vie de perdition et de magnificence mystique, dilemme né du péché originel, paléographie déviante de toutes les constructions imaginaires qui suivront le bannissement du jardin d’Eden.

L’autre jour je discutais avec un ami amateur de littérature à la terrasse d’un café. On aime bien se tenir au courant de nos gribouillages respectifs, alors, une fois de plus je lui demandai des nouvelles de ses dernières productions. C’est là qu’il me fit part, entre deux bouffées de nicotine, de son dernier projet, une pièce de théâtre.

« Tu vois, personne, je te dis bien personne, n’a encore jamais écrit sur ça! »

« Heu…, t’en es bien sûr? »

« Ouais, ouais, absolument! Je trouve l’idée géniale! »

Et mon ami de sortir de sa vieille sacoche défoncée et décorée d’écussons de groupe de Rock un classeur plastique contenant quelques pages noircies de traits de plume.

Je jetai un coup d’oeil.

Adam : « Tu comprends, c’est bien beau la nature, l’innocence et tout ça, mais tu te rends pas bien

compte, je crois…Dieu se fout de notre gueule! »

Eve : « Ne parle pas comme ça, Adam! »

Adam : « Et puis d’abord, qu’est ce qu’on fout à poil? Je commence à me les geler, moi! En

plus, j’ai la dalle! »

Eve ( de plus en plus irritée par les remontrances de son compagnon ) : « Tiens, tu n’as qu’à manger

cette pomme… »

J’explosai de rire, évidemment. Avant de porter mes yeux sur les premières lignes.

« Scène une, acte un. Un jardin, un homme et une femme vêtus du plus simple appareil. L’homme,

prénommé Adam, se gratte la feuille de vigne tandis que la femme, répondant au nom d’Eve, flâne à l’ombre d’un pommier. »

Je n’eus pas le temps d’en lire plus, mon ami m’ayant littéralement arraché le document des mains.

« Je connais ce regard vicieux! » , fulmina t-il. « Attends d’avoir lu la pièce en entier, tu feras moins le malin!

Mais revenons-en au disque, si vous le voulez bien ( car, devrais-je dire, vous le valez bien! ). Il y aura toujours des réactionnaires pour rappeller au commun des mortels à quel point notre époque est creuse, prétendant que Led Zeppelin c’était le sommum, que le Rock’n’Roll, le vrai, n’existe plus aujourd’hui ( putain, merde, et Tokio Hotel, alors? ) et patati et patata. Et bien, c’est faux! Oui, vous m ‘entendez, c’est faux! Suffit juste de sortir un peu de chez soi…

En revanche, ce sont souvent les vieux de la veille qui pondent les meilleurs disques et celui-ci ne déroge pas à la règle. Il y a en effet comme un parfum de sagesse qui plane tout au long de « Walking into Clarksdale », une sérénité, une simplicité même. A l’écoute de « Shining in the Light », morceau qui ouvre l’album, tout en apesanteur acoustique, mais non dénuée d’un certain punch, on retrouve tout ce qui faisait la gloire de Led Zeppelin, l’agilité féline du jeu de guitare de Jimmy Page et la voix résolument gynoïde de Robert Plant. Celle-ci a gagné en maturité, et si vous ne supportiez pas les stridulations pleines de fièvre juvénile de Robert, et bien vous pourrez observer ici combien son chant s’est fait beaucoup plus doux, nuancé, parfois presque murmuré. Comprenez que Robert Plant, c’ést un peu le crooner de l’exstase, et si sa complaisance d’autrefois dans les minauderies vocales pouvait en agacer plus d’un, je vous promet qu’avec ce disque c’est tout autre chose. Soutenus par une section rythmique en ossmose – le regretté Mickaël Lee, batteur subtil tout en feeling Jazz, et Charlie Jones à la basse, pérégrin des aventures solo de Robert, au jeu délicat et tout en retenue – Page et Plant parviennent à mener l’auditeur jusque dans une contrée reculée où rôde l’âme mélancolique du Blues.

Revenus de tous les excès, nos deux compères ne semblent chercher qu’une seule chose : l’amour et la rédemption. Mais l’amour, n’est-ce pas le feu sacré dérobé aux dieux lors des transports de jeunesse bachique, la sève primordiale obtenue comme par enchantement après un deal avec les tous-puissants?

« Most high » est le point culminant du disque, le « Kashmir » de l’après Zeppelin, réminiscence de l’expérience « No Quarter » vécue quatre ans plus tôt, authentique tapis volant en direction de la caverne d’Ali Baba, occupé sur son narguilé. Autour de lui dansent des éléphants roses aux trompes proéminentes et la reine de Saba roule une pelle à un joueur d’oud qui vient d’exécuter un solo d’enfer.

Entre temps, il y aura eu un bel exercice de nostalgie volontaire ( « When the world was young » ), une cavalcade d’ordre anagogique ( « Upon a golden horse », et ses arpèges de guitares du troisième millénaire, ), un moment de pure poèsie à faire fondre les coeurs ( « Blue train » ), puis suivront un western existentiel ( « Heart in your hand », avec de jolies parties de guitares réverbérées ) ainsi que le bien nommé « Walking into Clarksdale », rodéo néo-Country dextrement déséquilibré qui finit par crever en bout de route comme un vieux chien malade.

Un peu plus loin, « Sons of Freedom » clôture le disque d’une manière vigoureuse, comme dans les seventies. Robert pourra retourner à ses efforts discographiques solitaires tandis que Jimmy Page continuera de faire passer le message zeppelinien avec les Black Crowes…

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2 réponses à “Walking Into Clarksdale

  1. Et bien, la fin de son histoire s’apparente un peu à une chute, Adam devient une star du rock tandis qu’Eve passe ses journées à dormir et à se morfondre. L’un et l’autre se cherchent, sans jamais se retrouver. Adam finit par mourir d’une overdose puis Eve refait sa vie.
    C’est marrant, non?

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