LE BLOG 2010 – Episode Spécial (P.6)

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Pour des raisons de décence envers mon sommeil et de temps sprinteur, cet épisode sera en noir et blanc (mais un peu plus gros).
Et j’y joint une sorte d’analyse de l’humour absurde. ^^







A zuivre izi !

Vous l’aurez noté, la saga BLOG 2010 devient de plus en plus débile à mesure quelle avance. Absurde même !
Dans l’hypothèse que vous, lecteurs, trouviez tout ça aussi rigolo à lire que moi à le faire, je vais vous disséquez un peu le fond derrière ma mécanique d’humour absurde.

Tout d’abord, je fais cette BD du blog totalement en roue libre, pour me défouler le crayon et le cerveau, ce qui me laisse un champ assez grand, même si j’ai les grandes lignes de l’histoire (quand même) et la finalité de tout ça.

Mais voyons un peu… Voici quelques coulisses de la mécanique comique, même si en général, quand on est en train d’expliquer la blague qu’on vient de raconter signifie qu’on a fait un flop.

 » Mais siiii, c’est drôle ! « 

1 – Jouer avec les codes :
Partager un code avec les lecteurs est un outil idéal pour pratiquer le décalage absurde. Je ne pense pas me tromper en supposant que les blogueurs -jeunes gens modernes- partagent pour la plupart un code BD avec moi : celui du shônen manga (manga d’aventure/bagarre).

Les lecteurs avertis de Dragon Ball, Bleach, Naruto et consorts auront noté que la surenchère est lentement montée dans les combats, arrivant maintenant quasiment à un point d’apogée.
La surenchère dans les épreuves et le dépassement de soi est un rouage ultra-classique du shônen manga (pour ceux qui l’ignoraient). Sauf qu’en général, on combat au nom de valeurs fortes (protéger quelqu’un, pour la justice, par amour,…). Ici, il ne s’agit pas vraiment de combat mais d’épreuves de casting, et le motif n’est pas défendre la liberté mais devenir BLOG GIRL.
Ajoutez à ça que dans les shônen, un autre code est le nom glorieux de chaque attaque que chaque combattant crie, invoquant le BANKAÏ ( « Libération ») ou le BIG BANG ATTACK et qu’ici on en appelle au dadaïsme…

Bref, le code du shônen est respecté mais les motifs changés, ce qui donne un sentiment étrange de cohérence scrupuleuse mais d’un motif complètement anormal. Ça peut faire rire.

2 – Penser aux lecteurs qui ne partagent pas ses propres références :

L’humour actuel subit une grosse mode dite « comique de référence ». Cet humour qui ne fait marrer que les initiés. Par exemple, les blagues de geeks pour les geeks sur des trucs de geeks ne feraient pas rire mon père qui ne sait peut-être même pas ce que signifie « geek ». Il n’a donc pas les références.
Quand elles sont universelles ( le cul, par exemple… mon père rit aux blagues de cul) ce n’est pas très grave mais elles sont pointues, on se coupe de tous les gens qui n’ont pas la référence.
Et l’humour moderne a trop souvent tendance à se reposer sur la référence, à tout miser dessus.

Donc, je fais attention à chaque fois que j’utilise une référence à ce que l’effet soit globalement rigolo pour celui qui ne l’a pas. En gros, même pour quelqu’un qui ne lit pas de manga, l’histoire que je raconte doit être suffisamment comique pour fonctionner.

La référence, je considère ça comme un bonus à un bon gag. Gag qui doit être bon même sans. Ce qui amène au sujet suivant…

3 – User de différentes formes d’humour :

Ici, toute l’histoire est une sorte de comique de situation. Plus on avance, plus notre héroïne met les pieds dans le n’importe quoi. Et plus notre méchant BLOG révèle sa facette vicieuse. Et en fait, tous les motifs et moteurs de cette histoire sont globalement absurdes.

Il y a aussi du comique de répétition (Yop! réduit à l’esclavage qui intervient de temps en temps).

Quelques effets sont induits par la mise en place d’un suspense assez fort menant à un résultat ridiculement petit. Ex: la superbe attaque de notre héroïne (page 2 de cet épisode) qui traverse le monde mental pour atteindre le réel mais qui finalement fait juste chuter BLOG de sa chaise design.
Un décalage du même genre entre l’attaque surpuissante et son nom idiot comme  » Passe-moi le sel ! « . Il y a un paradoxe entre le propos qui n’est pas adéquat à l’action.
Autre ficelle, le jeu de mot. Il y a plusieurs formes. Ici, j’assemble des concepts qui n’ont rien à faire ensemble (« Tête de noeud gordien » mélange une insulte directe et une métaphore issue de la mythologie. L’insulte reste pourtant cohérente.  » Mille millions d’ogives nucléaires frelatées  » est une parodie du célèbre juron du capitaine Haddock mais l’expression est assez imagée pour que son surréalisme nous fasse sourire (théoriquement) sans même connaître Haddock.

Humour sur les accents. Ici, arrive l’accent allemand après l’accent sicilien. Je sais que certains d’entre vous se sont interrogés sur le pourquoi. Ce mystère et le total décalage logique de la présence de ces accents pris par BLOG provoquent la confusion, terreau propice au rire. Car malgré ce gros point débile, l’action s’écoule toujours logiquement. Comme si Nicolas Sarkozy faisait un discours très poignant sur la pauvreté en France mais en mettant un nez de clown en plein milieu, tout en restant sérieux.

4 – La logique dans l’absurde :

Même si tout ça n’a aucun sens, si l’on reste scrupuleusement logique, le décalage humoristique a des chances de se créer. Ici, dans le combat mental entre l’humain et la machine (dirigée par le blog), Tatiana gagne de façon logique, elle expose un concept qui échappe à l’esprit rigoureux de la machine : l’absurdité (tiens tiens tiens, serait-ce là une mise en abîme ?).
Tout reste cohérent, même les puissances auxquelles elle fait appel. Amorcé par une réplique cinglante (« je vise pas ton coeur mais ta tête »), le déroulement est logique. L’attaque finale elle-même n’est pas qu’une phrase débile. A première vue, elle est totalement hors contexte et c’est con, ça n’a aucun sens qu’elle dise ça, c’est absurde. Mais j’ai explicité son deuxième sens possible (pardonnez-moi ce trait d’esprit), qui éclaire effectivement d’une logique implacable la pertinence de cette phrase. Tatiana ironise en demandant au robot de l’excuse de lui envoyer ce fulgurant trait d’esprit en pleine gueule.
D’ailleurs, c’est le timing idéal avec laquelle Tatiana sort cette réplique qui la rend fulgurante, qui en fait un trait d’esprit. Comme un uppercut placé au bon moment. Tout se tient.

Idem pour les motivation de BLOG, qui même après avoir perdu un combat mental surréaliste, garde en vue son objectif : recruter une pin-up pour sa marque.

5 – Introduire du fond :

J’aime bien glisser en filigrane des concepts. Le combat mental est ici l’esprit logique, robotique et froid contre l’esprit irraisonné, poétique, absurde. L’humour étant à mes yeux souvent une arme bien plus puissante et évocatrice que toutes les doctrines raisonnées. Idéologiquement, l’humour et aussi la liberté contre le système de pensée déshumanisé et froid de certains systèmes, ou dérives de systèmes.
Tatiana, c’est la rébellion, le cri d’humanité, l’oxygène qui nous manque dans cette société contraignante.

Dans la deuxième partie de cet épisode, elle est aux prises avec un serpent. C’est évidemment un fond portant sur la symbolique biblique, le serpent et Eve. Sauf que le rapport est exagéré : ce serpent-ci est totalement bourrin. Tatiana lutte donc contre le symbole religieux incarné par la bestiole. Bestiole robotique, donc encore associé à tout ce qui représente le mécanique, aussi bien physiquement que psychologique.

Le juron « Par Amécie » (en plus d’être un jeu de mot débile) est une pique hérétique. L’héroïne invoque une divinité, une chose sacrée. L’humain a trop souvent tendance à glorifier l’immensément grand et à s’y estimer lié, orgueilleux qu’il est. Or, la paramécie est un organisme unicellulaire, ridicule, microscopique, anodin, banal et de peu d’intérêt du point de vue de ce qui devrait être sacré. Or, les organismes unicellulaires sont un peu la vie dans sa plus simple expression. L’humilité.
Tatiana est donc aussi l’humilité qui se dresse contre l’orgueil (ou qui est agressée par l’orgueil).
L’intérêt de glisser tout ça sous forme d’allégories assez simples et rigolotes et que cela peut peut-être inconsciemment toucher mon lecteur, ou ma lectrice. On partage beaucoup plus de symboles qu’on pourrait le croire, et à travers eux passent en nous des concepts qui titillent notre inconscient. Le serpent est un symbole fort. L’utiliser est évocateur.

La trame de BLOG 2010, de toute façon, a dû vous parler dès la première page : la critique de la soif de pouvoir, de l’esclavage industriel, du mépris, des systèmes incontrôlés et dérivants…

Vous noterez enfin la connotation Darwiniste du 3ème casting : la survi des plus adaptés, la sélection naturelle.

Reste que tout ça est plus sympa, riche et efficace à lire sur une BD que décortiqué ici.
J’espère que ceux qui ont parcouru ce blabla jusqu’au bout auront apprécié de découvrir des coulisses souvent peu partagée de l’intimité créatrice.
On parle beaucoup de dessin, en ce qui concerne la BD, mais il est rare d’avoir exposer les cheminements et façon de créer de scénaristes.

J’espère aussi que vous n’aurez plus honte de lire la série LE BLOG et que vous répondrez à ceux qui vous diront « PPFFF ! C’est débile ! Les BD c’est des trucs pour les gogols ! » que vous lisez une satire allégorique du choc de deux grands courants idéologiques de l’essence d’être humain et un plaidoyer humaniste (teinté d’un savoureux humour dans la lignée des Monty Pythons) qui appelle à l’esprit de chacun de se défendre de la mécanisation de la pensée, des sentiments et des comportements.

Et d’ajouter : « Et toc ! »

Allez ! That’s all folks !!

PS : N’oubliez pas d’être fan du BLOG sur Facebook ! Vous aurez accès à quelques preview, news exclusives et même dessins inédits. Ce serait dommage de se priver de ça, quand même !

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Juke Box : Bon, on a essayé de m’y convertir mais j’accroche pas en général à Lady Gaga, à part cette chanson-là : Papparazzi

Et j’ai même pas honte ! Vu ses qualités musicales, Lady Gaga aurait moyen de faire mieux mais elle est une sorte de prostituée aux exigences des canons de la sur-popstar moderne. Elle répond habilement à tous les codes et ce clip où elle se met en scène, sorte de pute vendue au racolage médiatique, me laisse entrevoir une certaine lucidité acerbe chez la demoiselle.
Comme un pied de nez, une performance, une illusion. Un part de vrai derrière tout le factice vendeur.
Un bout de son âme transparait ici. Tout n’est pas perdu.

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9 commentaires sur “LE BLOG 2010 – Episode Spécial (P.6)

  1. @ Noënounet : J’ai réussi à préserver 30 minutes pour manger et 2h pour dormir. Je crois que j’atteins la limite humaine du possible et que je vais devoir passer en mode super saïen 3.

    @ Renan : Si le mec se prend un lampadaire, tout dépend de ce qui se passe avant. Ça peut être un choc symbolique. Son esprit se heurtant à ses propres blocages alors qu’il courait gaiement vers un recadrage. ^^

    Je pense pouvoir créer une mythologie à partir d’un bouton de robinet ou d’une chaussette trouée. ‘faut pas trop me tenter… :p

  2. j’aime beaucoup le style graphique (noir & blanc);à proppos du texte apres, ne pense tu pas qu’une bd doit parler d’elle meme?

  3. C’est un tuto l’ami. Un cadeau du dieu yop à notre petit cerveau. Si tu ne peux recevoir son enseignement dans ton corps de pauvre pêcheur alors abstient toi de critiquer le créateur.

    @Noë: hérétique.

  4. Et ben j’espère que c’est bien payé dis donc ! ^^ (je parle pour tatiana hein, toi tu mérites à peine le smic :D)
    J’ai bien aimé la petite analyse après, je n’avais pas tout capté (un problème d’anesthésie je crois) et merci !

  5. @ Sottch : Comme je l’ai fait remarquer dans le texte et comme le rappelle Blek, l’épisode est gratifié d’un « making-off », des coulisses quoi.

    @ Chap’ : Tout n’est pas fait pour être perçu directement, ni même consciemment. Je fais courir certaines métaphores et je pense qu’elles ajoutent quelque chose dans la perception instinctive de cette histoire.
    En gros, ça vise à communiquer avec votre imaginaire symbolique en se passant de votre conscience. ^^ Comme la poésie, quoi.

  6. 1- Je ne m’attendais pas à «Passe-moi le sel» et j’aime beaucoup ! Ça me donne envie de dire : «Le vingt-quatre septembre douze cent soixante-quatre, le duc d’Auge se pointa sur le sommet du donjon de son château pour y considérer, un tantinet soit peu, la situation historique.» 😀

    2- « Passe-moi le sel » ; Tati-ana ; Amécie : Mama mia ! subliminalement parlant, j’ai envie de te dire bon appétit. ^^ (critique psychanalytique, sors de ce corps. désolée.)

    3- J’aime bien le ‘making-of’ ; très instructif, c’est cool de voir que tu galères pour que tout soit cohérent. C’est réussi en plus, alors bravo et merci.

    Allez, j’attends la suite. (2h de sommeil et 30min de repas ? Comment ça, tu pourrais encore grapiller 15min de boulot et 15min de sommeil, en… mangeant par intraveineuses ! Au boulot, faignasse !)

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