Avec des fleurs

Les humains ont de multiples modes de communication, notamment un très étonnant : indiquer leurs intentions ou leurs sentiments à travers des messages codés en fleurs.

Un langage aussi très complexe, uniquement symbolique, qui dote chaque fleur d’une intention ou d’un sens précis. Savoir utiliser le langage des fleurs est un signe de grande culture sociale, de classe et de finesse. Je me mis donc, tout d’abord, à cueillir maintes et maintes fleurs et à en faire des bouquets.
Ceci fait, je les étalai sur une table et réfléchit au sens qu’elles pouvait avoir. Je dois vous confesser que ce ne fut pas évident.

Nous, scolopendres, sommes des êtres primaires ne pensant qu’à chasser et manger, uriner et déféquer, dormir ou copuler, voire nous battre de temps en temps avec nos congénères. Les humains ont un esprit autrement plus fin et doté d’une palette d’émotions gigantesque.
J’ai mis du temps à conceptualiser certains émotions décrites dans le dictionnaire de mon ex-colocataire.

Timidité, par exemple.
Etat de ce qui est craintif, qui manque de hardiesse, d’assurance ou d’énergie.
Caractère timide. Esprit timide. Il s’avança d’un air timide. Regard timide. Donner un conseil timide.

Fig., Marche timide, Conduite excessivement prudente.

En tant que scolopendre supérieur, il m’est arrivé de ressentir cette chose mais uniquement au contact des humains. Quoique je ne suis pas vraiment sûr que ce ne fût pas de la gène, de la honte, de la peur, de la confusion ou encore un sentiment de vanité ou d’impuissance. Ou tout bonnement, de l’embarras, de la crainte ou de l’anxiété. Ou (plus fin) une appréhension hésitante traduisant un pudique émoi.

Et comment voulez-vous qu’un scolopendre lambda puisse saisir ces concepts ?

Les humains ont une forte acuité envers leurs propres émotions, ressentis, sentiments, désirs, envies, passions, frémissements,… Cette capacité est tout simplement ahurissante (bien que je ne sois pas -là encore- tout à fait sûr de la définition de l’ahurissement) sachant qu’en plus, elle prend tout son sens lorsqu’ils la partagent : ils savent définir les états d’âme de leurs congénères !!

Mais revenons aux fleurs.
Devant moi, un étalage floral disparate. Quelques clics sur internet m’ont permis de découvrir le sens de chacune. La rhubarbe pour encourager, le jonc pour témoigner de sa soumission, le pavot pour consoler ou la violette pour dire son amour caché,… Et tant d’autres parfois moins joyeuses (la verge d’or sert à gronder gentiment quand la belladone lance un mauvais sort !).
Voulant tout connaître de l’humain – le meilleur comme le pire – je décidai de ne pas m’embarrasser à élaborer de phrase spécifique, de syntaxe ciblée. Ma curiosité sans borne ne pouvait se traduire que d’une seule manière : toutes les fleurs !

Le langage floral nécessite généralement de choisir un interlocuteur unique. Mon dévolu (qui n’est pas un organe pointu, je précise) s’est jeté sur une charmante autochtone en manteau. Je la noyai littéralement sous une pluie de fleurs diverses et de messages tout aussi variés. La dame fut fort… heu… circonspecte. Ou interloquée.

En tout cas, je jouai encore une fois de malchance car le flot de messages incohérents ou contradictoires entre eux, comme :
« Je vous aime mais faites attention car mon esprit d’enfant peut mentir avec avarice et je suis heureux près de vous ! »

« Vous m’importunez car vous ne pouvez pas aimer deux fois de poésie et je souffre mais je vous veux tout de suite en famille dans la douleur ! »

« Un triste amour détruit vous indiffère car vous êtes la plus belle croyance d’un amour commun, soumis et dévoué; obstacle de l’amour. »

 » Bravoure et souffrance silencieuse sont ma mélancolie que tant d’amour vous entoure ma mémoire croyance énergie tant d’amour vous entoure. » (cette dernière étant particulièrement inepte parmi les ineptes)

Les humains ont parfois des termes qui se chevauchent et sont très attentif aux nuances. Avec mes grosses pattes crochues, je n’ai pu que court-circuiter la pauvre humaine. Trop de choses dites n’importe comment ont eu raison de sa conscience : elle s’évanouit. Le langage est une chose dangereuse, une arme destructrice quand il est trop bien ou trop mal utilisé.

Comme je ne pouvais pas la laisser gésir sur telle une nymphe immaculée l’immonde pavé, je décidai de passer cette fois <a href="link« >au langage du corps.

PS : Vous remarquerez que je me suis enrichi en vocabulaire.
Et si le langage des fleurs vous intéresse, n’hésitez pas à regarder sur http://fleurs.boreal.info/

Une réponse à “Avec des fleurs

  1. J’apprécie beaucoup votre reconnaissance des nombreuses et puissantes facultés propres à notre espèce. C’est à travers la grandeur de ses qualités que l’on appréhende le plus justement l’humain.

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