Here comes the hero !

Un autre extrait des Légendes du Morvan (voir articles précédents).

La difficulté était d’illustrer en une page l’arrivée d’un chevalier qui sauve la princesse en terrassant une hydre à 7 têtes qui allait la manger. Un classique de la légende chevaleresque et courtoise que j’ai pris plaisir à mettre en images.

Story-board (le brouillon de mise en scène):

Je fais ces essais en tout petit, sur un demi A4 (pour avoir les pages en vis-à-vis) directement au stylo à bille. Ceux-ci sont assez dessinés puisqu’ils sont soumis à plusieurs avis et me servent aussi à commencer à poser mon dessin.

La page de croquis :

Au jeu des 7 différences, vous pourrez constater qu’entre le story-board et le croquis changent d’innombrables petits détails. Le souci narratif fait qu’on pourrait modifier à l’infini une page pour la rendre plus efficace (la case 2 me semble un peu faible au moment où je poste cet article, par exemple). C’est l’alchimie entre gestion de l’espace de la page, des cases, la composition des images, le choix des éléments, le guidage judicieux de l’oeil et l’esprit du lecteur, la cohérence spatio-temporelle, le rythme et – enfin – l’esthétique qui feront une bonne planche.

Voici comment je procède, en gros :

-Dès la première case, j’ai choisi d’ouvrir l’espace en supprimant le cadre. Non seulement, cela provoque une rupture avec la page précédente et le cadre serré où apparaît le visage du héros parmi la foule mais la chevauchée en devient bien plus épique.

-La deuxième case laisse maintenant apparaître l’entrée de la grotte, pour mieux situer le déplacement du héros.

– Les cases 3 et 4 sont à peu près identiques. Le silhouettage sombre du héros dans l’entrée de la grotte attire l’attention sur lui et provoque l’impression qu’il arrive de loin (pour compenser la rapidité anormale à laquelle il arriverait). Une langue apparaît en bas, élément narratif autant que symbolique. Le serpent et la femme étant des images à forte empreinte dans l’imaginaire collectif.

– Case 5, l’hydre indique par ses mouvements les actes du combat qui n’ont pas été montré : une tête recule sous le coup d’épée, une autre tête ouvre la gueule ( de douleur ? de colère?), une autre se fait menaçante et une dernière semble surprise par l’attaque. Danse que je n’avais qu’ébauchée maladroitement sur le brouillon. Les cases s’agrandissent jusqu’à celle-ci, acte principal de la scène.

– Case 6 : le choix du mouvement a changé. Le héros s’apprête à donner un coup d’épée, mouvement qui se prolonge dans le regard apeuré de la princesse dans la case suivante (où l’ajout de contraste renforce l’ambiance anxiogène). L’insert de la case de la princesse sert à lier dans le temps les deux actions, à les hiérarchiser aussi. De plus, elle rapproche les deux personnages dans leur interaction émotionnelle ainsi que dans une symbolique précise : le chevalier à l’épée brandie symbolise une masculinité exacerbée et agressive, la princesse nattée est féminine et sage. La mort, la peur et les sentiments amoureux et sexuels se mélangent en cet instant.
Ce procédé sert de soutien au propos. C’est le genre de chose que je m’autorise à ajouter, étant convaincu de la portée des symboles et la BD étant un média propice à leur utilisation.

-Dernière case : le chevalier a fini son combat. Une longue case horizontale et la position à gauche de la princesse ralentissent la lecture et font qu’on découvre la scène avec elle.

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3 commentaires sur “Here comes the hero !

  1. eh ben, tu t’en poses des questions!! on voit que tu ne fais pas les choses au hasard. en somme, tu fais tout le boulot quoi. tout ce qui fait qu’une bd tient ou pas. ca me fait penser à une maison: tu fais les fondations, la maconnerie, l’électricité et la plomberie, bref tout ce qui fait que la bicoque tiendra debout. tu laisses juste le plâtre à autrui.
    😀

  2. Bein, ce ne sont pas vraiment des questions que je me pose mais plutôt un jeu avec des contraintes, des règles.
    Etrangement, je compose d’abord à l’instinct, je regarde et ensuite je réfléchis et modifie.

  3. J’aime beaucoup ces explications sur les codes de la BD, et toute la réflexion qu’il y a derrière une planche.
    Pour un néophyte comme moi, c’est vraiment intéressante. Je ne regarderais plus une BD comme avant 🙂

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