Être charitable

Les humains vivent dans une société d’entraide où, comme chez les fourmis, le groupe prend soin de chacun. Ce comportement se nomme charité et est un élément essentiel de la sociabilisation.
Bien sûr, je décidai de me lancer dans la charité moi aussi.

J’observais depuis plusieurs jours un brave homme chercher sa pitance dans un amas de sac en plastique, dans la rue en bas de chez moi. Etrangement, à l’instar des coprophages et nécrophages de ma connaissance, cet humain semblait attiré uniquement par les nourritures faisandés, les déchets de toute sortes, la corruption et la viande en putréfaction. Etait-ce un penchant naturel ou était-ce plus facile à acquérir ?

Maladroit, j’entrepris de lui apporter un corps de petite fille que j’avais remarqué pourrir dans le sous-bois il y a deux semaine (et que je croyais déposé de façon altruiste par un brave homme essoufflé à imperméable beige à l’intention de ses congénères plus affamés car moins bons chasseurs. Je n’avais pas encore réalisé que les humains ne chassaient pas.). Je lui amenai ce petit mets de choix mais il n’en fit rien.
Criant et râlant, il refusait mon obole. Les humains des rues semblent parfois rustres mais c’est leur fierté qui leur interdit de se complaire dans la première bonne âme venue.

Toute son attention portée vers son prochain, il régurgita à mon intention son précédent repas stocké dans son jabot social, me confondant probablement avec une fourmi. Respectueux des usages, je laissai de côté la pitance apportée et mangeait la bouillie sortie de son ventre (goût rappelant le jus de punaise).

L’homme partit promptement et j’analysai la situation : le cannibalisme était proscrit chez les humains ! Quel idiot j’étais ! Encore une bourde d’Auguste Scolopendro !

C’était à présent évident : s’entre-consommer revenait à se désindividuer et pouvait altérer l’altruisme social inné des humains entre eux, les transformant en groupe aux actions mécaniques. Je m’étais trompé : les humains ne sont pas comme les fourmis : ils sont bien mieux !!
Pour me faire pardonner, j’apportais un lapin chassé, dépecé et bouilli par mes soins à mon ami vagabond qui à présent occupait un stand et essayait d’augmenter sa collection d’images et de médailles avec la complicité des passants. Il n’en voulu pas non plus ( « Il est nécrophage, imbécile ! » pensais-je à encore contretemps.) et à peine eus-je formulé cette pensée qu’il était une nouvelle fois reparti promptement, nomade et solitaire.

Du coup, je mangeai mon lapin et me mis en tête de pratiquer la charité de l’autre côté : en m’installant à un stand et sollicitant de l’aide.

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