Se suicider

Les humains n’ont jamais eu peur de mettre leur existence en balance. Parce qu’ils savent très bien dompter la mort et les différents états de la matière.

Les humains savent vivre dans le coeur de leurs semblables, chose impossible pour nous, les insectes. Quand les humains atteignent un seuil de sensibilité telle qu’ils en souffrent, prisonnier de leur forme inadaptée à la grandeur de leur âme, ils décident de mettre fin. Ils annihile leur été de vie physique et se dispersent aux quatre vents, atteignant par je ne sais quelle magie les coeurs de leurs semblables, ainsi qu’un monde parallèle.
C’est comme ça que l’humanité garde ce lien très fort avec l’infini (ou l’absolu), que leur espèce s’élève perpétuellement dans des domaines spirituels titanesques.

Mais avant d’en arriver là, il faut bien se suicider. Après m’être renseigné sur internet, où des hominidés adolescents partagent leurs techniques d’auto-mise à mort, je décidai de m’y mettre aussi. Mon statut de sur-scolopendre me permettant surement d’élever mon espèce dans son ensemble.

Je trouvais une arme à feu et des munitions auprès d’une petite tribu vivant apparemment dans des caves de HLM. Après avoir vidé la totalité des chargeurs, je dû admettre que ma chitine était difficile à transpercer. Pour la même raison, la pendaison ne marcha pas non plus, pas plus que l’ouverture des veines au scalpel : l’objet se casse même sur ma cuirasse insectoïde. L’accident de voiture ou le jet de moi-même du haut de la fenêtre de mon appartement ne marchèrent pas plus.

Je changeai de méthode et ingérai tous les médicaments contenus dans la pharmacie de mon ancien colocataire. En sus de trouver cela bon, mon corps eut la très curieuse idée de parfaitement digérer cette soupe primordiale censée être meurtrière… En fouillant un peu, je découvris une bouteille de gaz. Il paraît qu’en emplissant une pièce de gaz, on peut provoquer une explosion à l’aide d’une étincelle, ou s’intoxiquer en respirant.

J’hermétisai consciencieusement ma chambre et ouvris la bouteille. Il est amusant de constater que les humains ont parfumé les émanations provenant de…

Ce sont les derniers mots écrits par l’éminent Auguste Scolopendro. M’inquiétant de son absence trop longue et l’absence de réponse à mes appels, je me rendis chez lui pour constater qu’il avait réussi sa dernière expérience. Nul doute qu’un journaliste de ce talent aurait pu encore nous fournir moult et moult articles passionnants et perspicaces. Toute l’équipe du journal se joint à la peine de la famille d’Auguste ainsi qu’à celle de tous ses lecteurs. A bientôt, l’ami ! Nous nous reverrons dans cet espace lointain où tu es parti vivre de nouvelles aventures et nous partageons ces articles avec la blogosphère comme un dernier hommage.

Grant Sotrel Verte, rédacteur en chef de la Gazette du Jardin.

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Home edition 3 : le totem

Aujourd’hui, dans mon appartement, j’ai découvert une chose formidable.

De tout temps, les humains ont été vénéré ce qui était au-delà de leur perception et de leur compréhension. Aux temps anciens, les tribu primales accordaient aux objets inertes un lien avec le divin, comme tout être, et établissaient croyances et rituels cherchant à préserver l’équilibre. Calmer la colère des dieux ou solliciter leur miséricorde était une occupation quotidienne.

Depuis, l’homme a crée une flopée de mythologies variées mais reste toujours très attaché au symboles.

Je me suis longtemps demandé pourquoi les humains allient perpétuellement à ce gros parallélépipède froid et sobre, pourquoi ils y déposaient des victuailles. Il s’agissait en fait d’un totem. Le totem est la représentation terrestre du non-représentable.

Comment ça marche ? C’est tout simple, il suffit de déposer des offrandes dans la gueule froide du totem. Ce rituel est au minimum hebdomadaire. L’innovation est qu’on peut aussi manger les offrandes même si certains puristes préfèrent les laisser aux dieux jusqu’à ce qu’elles atteignent un état de décomposition discutable. Faire l’offrande semble rassurer l’humain. Un totem vide, par contre, est toujours signe de mauvais temps, de problèmes et complication. Une autre pratique est de coller des messages (post-it ou magnetiques) sur le totem à l’intention de la divinité que l’on sollicite mais le plus souvent, les humains procèdent de manière plus intime en descendant la nuit partager un verre d’eau ou une bombe de chantilly, en tête-à-tête avec le divin.

Je peux témoigner que ce rapport au divin est tout à fait moderne. Avant, on sollicitait les dieux pour certains événements comme la récolte (en priant pour que mes consoeurs délinquantes sauterelles ne viennent pas tout vandaliser) ou la fertilité.

Le totem est devenu un instrument du quotidien, affirmant que le rapport Divin-Humain est perpétuel, jamais rompu et toujours à entretenir comme une belle histoire d’amour.

Quand je pense que chez nous, insectes de toutes sorte, aucun culte n’existe, ni même les notions d’amour. Nous sommes des sociétés purement matérialistes, pragmatiques, utilitaristes et pour certains spécimens, tyranniques et égoïstes. Jamais nous ne connaîtrons la joie de choisir un totem, de le décorer, de lui associer un dieu et ensuite, de lui offrir les offrandes qu’il faut. Jamais nous ne déploierons tant de moyen à créer une atmosphère réfrigérée pour conserver des offrandes sacrées.

Même mon voisin est plus évolué, bien qu’il soit un peu répétitif dans les offrandes (qui consiste principalement en de la bière), mais je vous montrerai ça une prochaine fois.

Aider les vieux

Les vieux humains ont besoin de beaucoup d’attention et sont en retour très sociables.

C’est pour cela que la société des hominidés a toujours embrassé leur sort de manière particulièrement intelligente. Les vieux sont la sagesse mais la fragilité de la vie. Ils sont l’expérience et le temps mais aussi la dégénérescence. Cela, l’humanité sait très bien le gérer. A l’instar de ce qu’ils font pour leurs handicapés, les humains ont une grande capacité de déni.

On fait comme si la vieillesse et le handicap n’existaient pas, comme si chaque individu vivait toujours pleinement à son apogée de beauté et d’intégrité physique, même quand cet apogée n’a jamais eu lieu. C’est un principe de cohésion social très noble. Et cela n’empêche pas l’installation de structure et de comportements destinés « au cas où certains d’entre nous seraient invalidés. »

Cette organisation ne vise qu’une probabilité, jamais un individu. Les mission d’information en font de même. Certains pans de la société vont encore plus loin : on plaisante sur la vieillesse et le handicap, on ne fait rien pour eux, on perpétue l’illusion rassurante de l’invincibilité humaine et la mort même est expédiée comme léger contretemps.

Pour l’instant, je me content d’appliquer le B.A.BA des attentions envers les vieux : laisser sa place dans le bus, patienter calmement devant leur lenteur,… les aider à traverser. Sous couvert de galanterie, j’ai donné le bras à une veille femme. Tout en gardant mon flegme, je la préservais du danger de voitures roulant bien trop vite ! Exercice difficile puisqu’il faut créer l’illusion que rien d’exceptionnel ne se passe alors que ce n’est pas le cas.
Le vieille femme, surement flattée de mon attention et revigorée, retrouvait ses gambettes de jeune fille et se lançait dans un sprint (lent) à travers le passage clouté. Je forçais un bolide à stopper net.

La voiture étant le symbole du gâchis (nombre d’humains meurent par sa faute) je me laissai aller à une saine colère quand ma dulcinée d’un après-midi fut hors de vue. Blam blam blam, je démolis ce capot maudit, création d’un humain dégénéré ayant contaminé son espèce. Quand mon oeuvre de destruction fut finie, je me rendis compte que dedans, un jeune humain était réduit en bouillie.

La voiture le digérait mais je ne la lassais pas faire.